Aéroport: «Les patrons attaquent de front»

Photo Eric Roset

Menacée de grève, la direction de l’aéroport de Genève a pris des mesures pour la santé de ses employé-e-s. Mais les employeurs sont à l’offensive. Questions à Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical de la section Trafic aérien du SSP.

À quel moment le SSP a-t-il tiré la sonnette d’alarme à l’aéroport ?

Jamshid Pouranpir – Dès la fin janvier , nous avons écrit à la direction en demandant des mesures de protection contre le coronavirus. André Schneider, directeur général, nous a répondu que des produits désinfectants et des masques étaient à disposition des employé-e-s. C’était vrai pour le personnel dépendant directement de Genève Aéroport, à savoir 1000 personnes environ, mais pas pour les 10 000 autres personnes qui travaillent sur le site.

Dans les entreprises privées responsables de la sécurité, de l’assistance au sol, etc., nous avons souvent pu constater un manque total de considération pour la santé des salarié-e-s. Par exemple, Protectas avait carrément interdit à son personnel de porter un masque. On parle ici d’une entreprise en charge notamment de la fouille corporelle des passagers et passagères!

C’est pour cette raison que vous avez déposé un préavis de grève le 19 mars?

Plusieurs cas d’infection par le virus avaient été signalés. Les employé-e-s avaient la boule au ventre. Il y a des gens qui m’appelaient en pleurs, qui ne dormaient plus la nuit. Pendant ce temps, le directeur de l’aéroport répondait aux interviews par vidéoconférence, depuis son salon. Lui, il avait la chance de faire du télétravail ! Nous avons donc décidé de demander la fermeture totale du site et, à défaut, de déposer un préavis de grève. Si un syndicat n’est pas en mesure de réagir fortement lorsque la vie des salarié-e-s est mise en danger, à quoi sert-il ?

La menace de grève a eu de l’effet…

Oui, des mesures ont rapidement été prises et nous avons pu retirer notre préavis. J’ai fait le tour de nos délégué-e-s dans les différentes entreprises et j’ai pu vérifier que des désinfectants pour les mains et pour les surfaces avaient été mis à disposition. Le personnel a pu aller se laver les mains aussi souvent que nécessaire, sur son temps de travail. Et les fouillent sont effectuées désormais de dos. Les gens ont vu qu’ils étaient soutenus et ont eu moins peur. Par la suite, le trafic a fortement diminué et nous avons dû répondre aux très nombreuses questions du personnel.

C’est ce qui t’a conduit à répondre aux questions en direct sur Facebook?

Au départ, il y a eu la décision d’annuler une assemblée. Pour la remplacer, j’ai proposé qu’il y ait un direct. Cela répondait à un réel besoin, il y a eu énormément de questions. J’ai donc continué pendant dix jours avec un direct quotidien d’une heure et demie. Le nombre de question ayant ensuite diminué, la fréquence a été réduite. Il est probable que les sollicitations augmenteront à nouveau à la fin avril, lorsque les salaires arriveront et qu’il faudra les vérifier.

Quelles sont les questions les plus fréquentes?

Au début, beaucoup de questions portaient sur la santé, sur les mesures d’hygiène. Ensuite, c’est rapidement le chômage partiel qui est devenu le sujet principal. La décision du Conseil fédéral, notamment pour les temporaires, est positive. Mais pour le travail auxiliaire, payé à l’heure, on est souvent dans l’incertitude quand il faut distinguer ce qui est travail et ce qui est chômage partiel. Il y a aussi toutes les questions sur les risques de licenciement, sur le paiement du salaire, sur les horaires… Autant de sujets où l’on constate des pratiques inadmissibles!

Les litiges sont donc plus nombreux?

Cette crise est l’occasion pour le patronat d’attaquer de front de nombreux acquis, même le minimum prévu par le Code des obligations. Certains employeurs nous répondent simplement: «En ce moment, on n’est pas en mesure de respecter la loi»! On est face à une tentative de démantèlement des rares protections existantes. Les syndicats doivent se mobiliser dans tous les secteurs.

Au même moment, l’aéroport te retire ton badge d’accès…

Le prétexte est que je suis allé dans la salle de pause de Swissport sans autorisation préalable de l’entreprise. Il s’agit bien sûr d’une mesure de rétorsion suite au préavis de grève et à nos dénonciations. La direction a été plus rapide pour réprimer que pour mettre à disposition du désinfectant! Nous allons faire recours contre cette décision. De plus, une pétition a été lancée sur www.change.org, avec pour titre «Nous avons besoin du SSP».

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1215 Genève 15

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