Compenser tout travail perdu à l’aéroport

Photo Eric Roset

de: Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical SSP Trafic aérien

Alors que des vagues de licenciements se profilent dans un secteur aérien sinistré, Jamshid Pouranpir, secré- taire syndical au SSP, demande la mise en place de mesures fortes pour transférer les emplois perdus à l’aéroport de Genève dans d’autres domaines économiques.

Des managers de beau temps ont montré leurs limites pendant cette pandémie. Personne ne peut exclure la charrette des licenciements à l’aéroport de Genève à venir d’ici à quelques mois. Les plus optimistes des experts ne prévoient pas de retour au volume du trafic aérien de 2019 avant deux ou trois ans.

Le mécanisme des aides fédérales via la réduction de l’horaire de travail (RHT) est limité dans le temps. Pour l’heure, fin septembre 2021, les entreprises actives à l’aéroport devront assumer le paiement des salaires de quelque 11000 personnes. Nul besoin d’être devin pour prédire qu’il n’y aura pas suffisamment de travail pour tout le monde.

Des employeurs indélicats ont pourtant déjà licencié tout en profitant pleinement des mesures d’aide. Personne ne s’en est ému ni à Berne ni à la rue de l’Hôtel-de- Ville de Genève. Des chantres de privatisations à tout va ont finalement compris l’importance d’un Etat fort et les carences de «la main invisible du marché» à qui on ne saurait plus confier tout notre destin.

Le transport est un bien commun de l’ensemble de la population. Qu’il s’agisse de transport aérien, urbain, ferroviaire, fluvial ou lacustre, l’Etat doit se préoccuper de la viabilité des moyens de déplacement. L’initiative populaire «Pour un contrôle démocratique de l’aéroport» a été acceptée par plus de 56% du corps électoral en novembre 2019. Le «Green Deal» européen, les objectifs de développement durable, l’importance grandissante du tourisme de proximité, de la consommation locale et la découverte de visioconférence augmentent la pression sur le secteur aérien. La suppression des trains de nuit et la tendance à passer un week-end dans une mégapole européenne font partie du passé.

Avant un torrent social provoqué par des licenciements à venir, nous devrons engager des mesures fortes pour le transfert des emplois de l’aéroport vers d’autres domaines économiques. Le retour en puissance de l’Etat est évoqué bien au-delà des cercles syndicaux et de gauche. Afin de ne pas creuser encore plus la perte de confiance dans les institutions, il faut déployer des moyens pour la création des emplois équivalents.

Le personnel actif à l’aéroport détient des compétences de haut niveau, une très grande flexibilité, qui se distinguent par le respect scrupuleux des mesures de sécurité et de la ponctualité dans un environnement international. On imagine à peine la chaîne de travail humain qui peut assurer l’arrivée et le départ d’un avion. Ce personnel peut apporter son savoir-faire à bien d’autres domaines économiques.

Le choix réside entre subir un écroulement social inouï ou accompagner une évolution économique provoquée par la pandémie sur fond de pression sur les voyages en avion. Le coût d’un chômage massif, avec son corolaire de conflits sociaux, sera très lourd pour un canton frontalier et ouvert sur le monde.

Les pouvoirs publics ont tout intérêt à engager le dialogue avec les partenaires sociaux à l’aéroport pour initier une transition des emplois vers d’autres secteurs économiques. Ou laisser faire la main invisible...

(Paru le 22 avril 2021 dans quotidien Le Courrier, rubrique Agora)

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