Swissport, vol direct vers la précarité

Rassemblement devant l'Aéroport de Genève, 18 janvier 2021. Photo Eric Roset

de: Guy Zurkinden, rédacteur Services Publics

Aéroport de Genève – La direction de la compagnie de services aéroportuaires veut imposer baisses de salaires et augmentation du temps de travail, sous peine de licenciement. Les employé-e-s se mobilisent.

«Si j’accepte de signer ce nouveau contrat, je devrai regarder mes enfants dans les yeux et leur dire: je ne pourrai plus financer votre sport, vous nourrir sera difficile. Je ne peux pas l’accepter.»

«Pour moi, ce contrat veut dire 10% de salaire en moins, pour travailler plus. C’est invivable.»

«Je travaille trois week-ends sur quatre. Mes horaires vont de 4 heures du matin jusqu’à minuit. Mais la direction veut encore plus de flexibilité. Cela veut dire que je verrais encore moins ma famille.»

«Si nous signons, nous risquons quand même de nous retrouver au chômage dans quelques mois. Et il n’y aura pas de job pour tous.»

Crash social

Les témoignages illustrent le chantage brutal auquel font face les mille employé-e-s que compte la multinationale Swissport SA à l’aéroport international de Genève (AIG). Début janvier, profitant du vide conventionnel, la direction du leader mondial des services aéroportuaires a envoyé une lettre à tous ses employé-e-s. Avec, en substance, le message suivant : «Nous vous proposons un nouveau contrat de travail. Si vous ne le signez pas, vous serez licencié-e.» Délai de réponse? Le 28 janvier.

Au menu des nouvelles conditions: une augmentation du temps de travail, de 40 à 41,25 heures hebdomadaires; des salaires revus à la baisse; l’élévation de la cotisation LPP à charge des salarié-e-s; la suppression de la participation de l’employeur au paiement des primes; la suppression d’une série d’indemnités; la fin du plafond horaire annuel (1400 heures) fixé pour les auxiliaires – ce qui entraînerait la généralisation de ce statut précaire, appliqué aujourd’hui à environ 400 salarié-e-s; l’annualisation totale des horaires de travail.

Des mois de chômage partiel

«Je n’ai jamais vu d’attaque aussi violente» résume Jamshid Pouranpir, syndicaliste SSP en charge du trafic aérien. «Elle entraînerait une généralisation de la précarité, ainsi que des baisses de salaire importantes – entre 400 francs et 1200 francs mensuels». Chez Swissport, les salaires volent déjà pourtant bas. La CCT destinée aux «fixes» prévoit un salaire mensuel démarrant à 3873 francs bruts – amputé de 20% depuis mars pour les employé-e-s au chômage partiel. « Cela fait longtemps que Swissport veut revoir nos conditions à la baisse. En 2015, la direction voulait réduire nos rémunérations de 300 francs, mais notre débrayage l’avait bloquée. Aujourd’hui, elle profite la pandémie pour revenir à la charge » souligne Jean, qui perdrait 750 francs mensuels avec le nouveau contrat.

Ultimatum et mesures de lutte

La riposte s’est organisée rapidement. Mardi 12 janvier, une première assemblée du personnel adressait un ultimatum à la direction. Sa demande: la levée des congés-modifications et le début de négociations sur une nouvelle CCT. Face au refus d’Antoine Gervais, le directeur de l’antenne genevoise de Swissport, un rassemblement était organisé le jour suivant devant l’aéroport. À son issue, plusieurs dizaines de salarié-e-s descendaient en ville pour interpeler les autorités politiques – l’AIG est un aéroport public, du ressort du Canton. Après avoir rencontré une délégation de syndicalistes et militant-e-s, le conseiller d’Etat Mauro Poggia acceptait d’intervenir auprès de Swissport. Lundi 18 et mardi 19 janvier, le personnel manifestait à nouveau, par deux fois, devant le terminal des départs. La mobilisation ne faiblissait pas.

La piste privilégiée par les syndicats SSP, SEV et Avenir syndical, qui soutiennent les salarié-e-s en lutte? Mettre sous toit un «accord de crise», d’une durée temporaire, et rouvrir en parallèle les discussions sur une nouvelle CCT. Une approche approuvée par la Chambre des relations collectives de travail (CRCT), qui a tenté de concilier les parties, mais refusée par la direction.

Durcir les actions?

Sous l’égide de Mauro Poggia, une réunion entre employeur et représentant-e-s des employé-e-s est évoquée pour le jeudi 21 janvier. «Au vu de la brutalité montrée par l’entreprise, nous devrons probablement durcir nos actions ces prochains jours», avertissait Jamshid Pouranpir. Pour préparer le terrain, le SSP a déposé un préavis de grève.


Des attaques qui viennent de loin

Issue de feu la compagnie nationale Swissair, Swissport SA est leader mondial en matière de services aéroportuaires. La multinationale emploie 45 600 salarié-e-s dans 47 pays, pour un chiffre d’affaires de 3,13 milliards d’euros. Aux mains du groupe chinois HNA depuis 2015, la société vient d’être rachetée par un consortium de fonds d’investissements et de banques anglo-saxons (SVP, Apollo global management, Tower Brooks, banque Barclays).

À l’Aéroport international de Genève (AIG), le nombre de passagers a chuté de 68% en 2020. Selon Antoine Gervais, directeur de Swissport sur le site, 80% des employé-e-s de la société sont aujourd’hui au chômage partiel. M. Gervais exige une «adaptation urgente des conditions d’emploi».

Dans les aéroports de Zurich et Bâle, cette pression s’est traduite par la signature d’un accord « de crise » entre Swissport et les syndicats. Ce deal prévoit une baisse temporaire des salaires de 150 francs mensuels, ainsi qu’une flexibilité accrue. Les conditions de la CCT ordinaire s’appliqueront à nouveau dès le rétablissement du secteur aérien.

Les attaques sur la convention genevoise, plus favorable que celle de Suisse alémanique, ont précédé la pandémie. En février 2015, un débrayage a mis en échec les baisses salariales évoquées par la direction.

Depuis 2019, Swissport refuse toute négociation sérieuse sur le renouvellement de sa CCT genevoise. L’entreprise a même refusé le compromis proposé par la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). Ce qui a débouché sur un vide conventionnel au 1er octobre 2020.

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